Gemini Live, Flow, images et musique : le volet créatif
Vous montrez un meuble à votre téléphone et demandez des idées d’agencement. Gemini répond à voix haute en analysant ce que voit la caméra. Vous ouvrez Flow et générez une vidéo montrant le résultat. Vous ajoutez une musique originale composée par Lyria 3 Pro, avec structure couplet-refrain. Tout ça depuis un smartphone, sans logiciel ni abonnement séparé. Ce guide couvre la dimension créative et multimodale de Gemini, et dit clairement ce qui reste fermé depuis l’Europe.
Les articles précédents couvraient Gemini dans Workspace et Drive. Ce chapitre change de registre. On entre dans le territoire le plus distinctif de l’écosystème Gemini. Au menu : voix multimodale en temps réel, génération d’images et de vidéos, composition musicale, navigation assistée dans Chrome. Autant de fonctions qui transforment Gemini d’un assistant textuel en compagnon créatif qui voit, entend, parle et produit.
Ce qui marche depuis la France, et ce qui ne marche pas
C’est de loin le chapitre de la série où l’écart entre l’annonce et la réalité européenne est le plus marqué. Autant le poser d’emblée.
Gemini Live fonctionne en France, en français, sur Android et iOS, avec partage de caméra et d’écran. Flow est accessible dans plus de 140 pays dont la France, et Nano Banana 2 y génère des images gratuitement. Lyria 3 et Lyria 3 Pro fonctionnent partout où l’app Gemini existe. Deux restrictions comptent en revanche. L’auto browse dans Chrome reste limité aux États-Unis. L’édition d’une vidéo que vous avez vous-même tournée est par ailleurs bloquée dans l’Espace économique européen, en Suisse et au Royaume-Uni. Depuis la France, vous ne pouvez remixer que des vidéos générées par l’IA.
Gemini Live : la conversation vocale qui voit
Gemini Live est d’abord le mode vocal de Gemini. Disponible sur mobile dans plus de 45 langues et 150 pays, il transforme l’interaction en conversation naturelle, avec interruptions, changements de sujet et pauses, comme avec un interlocuteur humain.
Ce qui le rend différent
Gemini Live tourne en effet sur un modèle natif speech-to-speech basse latence. Au lieu de convertir la voix en texte, de traiter le texte puis de synthétiser une réponse vocale, le modèle traite l’audio directement via une connexion WebSocket bidirectionnelle. Le résultat se sent : latence quasi nulle, meilleure compréhension du ton et de l’intention, réponses qui conservent les nuances naturelles de rythme et d’emphase. L’interruption fonctionne vraiment : vous coupez l’IA en plein milieu d’une phrase, elle s’adapte sans finir sa réponse précédente.
La détection d’activité vocale est par ailleurs native. Le modèle distingue une fin de phrase d’une simple pause de réflexion, sans bouton à appuyer, et filtre le bruit ambiant pour rester utilisable dans des environnements réels.
Partage de caméra et d’écran
C’est de loin la fonctionnalité la plus spectaculaire. Vous partagez votre caméra ou votre écran pendant la conversation, et Gemini commente ce qu’il voit. Pointez votre téléphone vers un objet et demandez ce que c’est. Partagez votre écran et demandez de l’aide sur les paramètres d’une application. Montrez un plat en préparation et demandez des ajustements de recette. Vous basculez d’ailleurs entre caméra frontale, caméra arrière et partage d’écran dans la même conversation.
Gemini Live s’intègre par ailleurs à Maps, Calendar, Tasks et Keep, ce qui permet de planifier et de prendre des notes en mains libres. La fonctionnalité est également disponible dans Android Auto.
Disponibilité
Gemini Live est gratuit pour tous les utilisateurs de l’app. Le partage de caméra et d’écran ne demande aucun abonnement payant, sur Android 10 et au-delà avec 2 Go de RAM minimum. Les conversations sur le modèle le plus profond restent en revanche réservées aux plans AI Pro et Ultra. Search Live, la version intégrée à Google Search avec Lens, est déployée dans plus de 200 pays.
Flow : le studio créatif unifié
Le 25 février 2026, Google a fusionné trois outils en un seul studio, accessible à flow.google. Il s’agissait de Whisk pour les moodboards, d’ImageFX pour les images et de l’ancien Flow pour la vidéo. Il est disponible dans plus de 140 pays, et les utilisateurs y ont généré plus d’un milliard et demi d’images et de vidéos.
Ce que Flow fait aujourd’hui
- Génération d’images avec Nano Banana 2 — le modèle produit des images de 512 px à 4K, avec cohérence des personnages, fidélité des objets et texte lisible dans l’image. La génération est gratuite dans Flow, sans consommer de crédit.
- Génération vidéo avec Gemini Omni — Omni est devenu le moteur vidéo de Flow. Il génère et édite de la vidéo par conversation à partir de texte, d’images, d’audio ou de vidéo, avec compréhension de la physique et audio natif. Sa version Omni Flash est en préversion depuis le 30 juin. Le modèle fait l’objet de l’article 11 de cette série.
- Ingredients to Video — le workflow signature de Flow. Vous générez d’abord une image clé, vous la peaufinez, puis vous l’injectez comme première image de la vidéo. Style, éclairage et design restent alors cohérents.
- Flow Tools et agents — des outils personnalisés et des agents capables d’enchaîner plusieurs actions, de la génération au montage.
- Lasso tool — sélection d’une zone d’image par instruction texte, pour une retouche localisée.
- Asset grid — une grille pour rechercher, filtrer et organiser tous vos médias par projet.
- Scene Builder et timeline — assemblage de clips, images et musique dans un éditeur visuel, avec contrôles d’objectif, de mouvement de caméra et d’extension de plans.
La restriction européenne à connaître
Un point mérite d’être posé sans détour. Depuis l’Espace économique européen, la Suisse et le Royaume-Uni, vous ne pouvez pas importer vos propres rushes pour les faire éditer par le modèle. Le remix de vidéos générées par l’IA fonctionne normalement, mais l’aller-retour « je tourne, je fais retoucher » reste fermé. Pour un créateur français, cela change la nature de l’outil : Flow reste un générateur, pas un assistant de post-production.
Flow ou Google Vids : ne pas confondre
Deux produits distincts. Flow vise la création artistique et le contenu social : il vit à flow.google et mise sur la génération libre. Google Vids vise la productivité professionnelle : il vit dans Workspace et mise sur les avatars, les présentations et l’intégration à Drive et Slides. Vids est couvert dans l’article 4.
Nano Banana 2 : l’image devient une fonctionnalité, plus un produit
Nano Banana 2 est le modèle de génération et d’édition d’images de Google. Il combine la qualité de la version Pro avec la vitesse de l’architecture Flash, et il est intégré partout : app Gemini, Flow, Slides, Gemini Notebook, Chrome, Search et Lens.
Le vrai événement n’est toutefois pas technique, il est commercial. Le 26 février 2026, Google a rendu gratuit dans 141 pays ce qui était auparavant payant, et divisé par deux son tarif d’API. Une variante Lite est par ailleurs passée en disponibilité générale fin juin.
When a company launches a product, it sells. When it launches a feature, it bundles. Nano Banana 2 is a feature.
Implicator.ai — analyse de la stratégie image de Google, février 2026
La lecture est juste, et elle a une conséquence pratique pour vous. Google ne cherche pas à vous vendre de la génération d’images. Il l’enfouit plutôt dans des outils que vous utilisez déjà, pour rendre le changement coûteux en habitudes plutôt qu’en euros.
Côté usages, comptez sur les illustrations de présentation, les visuels sociaux, les moodboards, le concept art et l’édition d’images existantes. La cohérence des personnages sur plusieurs images permet de bâtir de vrais narratifs visuels, indispensables pour un storyboard ou une série marketing. Le rendu de texte dans l’image est enfin fiable, panneaux et logos compris. Côté bureautique, Google Pics complète le dispositif dans Workspace.
Lyria 3 et Lyria 3 Pro : la composition musicale IA
Lyria est enfin la famille de modèles de génération musicale de Google DeepMind. Deux versions cohabitent.
- Lyria 3 — génère des pistes jusqu’à 30 secondes. Rapide, idéal pour le prototypage et les formats sociaux courts. Accessible via le mode « Fast » de l’app Gemini.
- Lyria 3 Pro — lancé le 25 mars 2026, il monte à 3 minutes avec une vraie conscience structurelle. Vous décrivez explicitement intros, couplets, refrains, ponts et outros, et le modèle suit votre plan. Accessible via les modes « Thinking » ou « Pro ».
Les deux modèles gèrent également la génération de voix dans plusieurs langues, les paroles synchronisées, et la composition à partir d’une image dont ils épousent l’ambiance. Toutes les pistes portent un filigrane SynthID, imperceptible, qui permet d’identifier le contenu généré.
Disponibilité : Lyria 3 est accessible gratuitement dans l’app Gemini, Lyria 3 Pro étant réservé aux abonnés AI Pro et Ultra. Les modèles sont également présents dans Google Vids, sur Vertex, dans AI Studio et via l’API. ProducerAI a par ailleurs été renommé Google Flow Music, avec les fonctions Replace et Extend pour remixer des pistes existantes.
Gemini in Chrome : le navigateur devient agent
Gemini s’installe aussi dans Chrome, via un panneau latéral persistant. Il résume les pages, explique des sujets complexes, retouche des images sans changer d’onglet, et se connecte à Calendar, YouTube, Maps, Gmail, Google Flights et Google Shopping. Une vague de connecteurs tiers est venue s’y ajouter le 12 août, d’Otter.ai à Ticketmaster.
Auto browse : ce qui a remplacé Project Mariner
Un point d’histoire s’impose d’abord. Project Mariner, l’extension Chrome expérimentale de DeepMind qui préfigurait tout cela, a été arrêtée le 4 mai 2026 après onze mois d’existence. Sa technologie a été absorbée par le navigateur lui-même. Si vous lisez encore que Mariner est une exclusivité du palier Ultra le plus cher, l’information date.
For AI Pro and Ultra subscribers in the U.S., we’re introducing Chrome auto browse — a powerful agentic experience that handles multi-step chores on your behalf.
Google Chrome — annonce de l’auto browse
Notez au passage la précision géographique, elle est dans la citation. L’auto browse est en préversion, réservé aux abonnés AI Pro et Ultra, et limité aux États-Unis : d’abord sur ordinateur, puis sur Android depuis le 18 août 2026. Il utilise vos sessions ouvertes et vos mots de passe enregistrés pour remplir un formulaire, comparer des vols, résilier un abonnement ou réserver une table.
Les garde-fous
- Reprise de la main — l’agent peut vous demander de prendre le relais sur certaines actions critiques.
- Confirmation explicite — validation humaine requise avant un achat, une publication sur un réseau social ou toute action irréversible.
- Autorisation du gestionnaire de mots de passe — l’agent demande l’accès à vos identifiants sans jamais voir les mots de passe en clair.
- Protection contre l’injection de prompt — Google annonce des protections dédiées, sans en détailler le fonctionnement.
Chrome Skills et commerce agentique
Les Chrome Skills transforment un prompt en workflow réutilisable en un clic, sur n’importe quelle page : résumer un article, extraire les prix d’un site produit, comparer des spécifications entre onglets. Google a par ailleurs co-développé avec des marchands un protocole ouvert de commerce agentique, qui encadre les actions d’achat prises par un agent au nom de l’utilisateur.
La génération vidéo et musicale consomme des crédits IA partagés entre Flow, Google Vids et l’app Gemini. L’allocation augmente avec le plan, du plus bas en gratuit au plus élevé sur les paliers Ultra. Le coût varie selon le type de génération, une vidéo pesant plus lourd qu’une piste musicale courte. Bonne nouvelle en revanche : les requêtes texte et la génération d’images Nano Banana 2 dans Flow ne consomment aucun crédit. Les limites se rafraîchissent chaque mois.
Cinq expériences à tester maintenant
Ouvrez l’app Gemini sur mobile, touchez l’icône Live, puis partagez votre caméra. Pointez vers un objet et posez une question : un produit, un plat, un mécanisme. Évaluez la pertinence et la fluidité. Les techniques de prompt engineering Gemini s’appliquent aussi à l’oral.
Dans l’app Gemini ou sur flow.google, décrivez une image : « Photo réaliste d’un café parisien un jour de pluie, lumière chaude, sans personnage. » Testez ensuite l’édition : « Ajoute un chat sur le rebord de la fenêtre. » Dans Flow, c’est gratuit et sans crédit consommé.
Générez d’abord une image de scène avec Nano Banana 2. Injectez-la ensuite comme première image, avec un prompt de réalisateur : « Travelling avant lent, du plan large au gros plan, reflets de néons sur la vitre. » C’est le workflow où Flow donne ses meilleurs résultats.
Dans l’app Gemini, en mode Thinking ou Pro, décrivez une piste avec sa structure : « Ambient calme. Intro piano 10 s, couplet aux cordes 40 s, refrain plus ample 30 s, outro retour piano 15 s. » Testez plusieurs ambiances sur le même squelette. Réservé aux abonnés AI Pro et Ultra.
Depuis la France, l’auto browse reste hors de portée. Le panneau latéral et les Chrome Skills fonctionnent en revanche très bien. Sauvegardez un prompt de veille — « résume cette page en 5 points et liste les chiffres cités » — puis rejouez-le sur n’importe quel article.
Ce que le volet créatif change — et la suite
Gemini Live, Flow, Nano Banana 2, Omni, Lyria 3 Pro et Gemini in Chrome forment un écosystème créatif intégré. La conversation vocale avec partage de caméra reste une façon fondamentalement différente d’interagir avec une IA. Flow consolide un studio image, vidéo et musique dans un simple onglet de navigateur. Lyria 3 Pro règle enfin le problème éternel de la musique de fond, avec des pistes structurées de trois minutes libres de droits.
Les limites sont réelles et, pour une partie d’entre elles, géographiques. L’auto browse reste américain, l’édition de vos propres vidéos reste bloquée en Europe. La génération vidéo produit par ailleurs des clips courts à chaîner. Lyria 3 Pro fournit enfin une musique fonctionnelle, sans rivaliser avec un compositeur sur les œuvres complexes.
Le prochain article reste dans le créatif mais zoome sur le moteur vidéo lui-même.
Vous maîtrisez le volet créatif. Le chapitre suivant zoome sur Gemini Omni : génération et édition par conversation à partir de texte, d’images, d’audio ou de vidéo, compréhension de la physique, et disponibilité réelle en Europe.