Agents et Skills : créer des assistants sur mesure sur Vibe
Écrire les instructions d’un assistant Mistral ne demande plus d’effort : menez la tâche, demandez « transforme ça en Skill », c’est réglé. Le vrai sujet est ailleurs. Faut-il créer un Agent ou une Skill, alors que les Agents sont passés en mode hérité ? Que fait un agent à vos instructions personnalisées ? Pourquoi vos collègues ignorent-ils que vous avez partagé le vôtre ? Ce guide traite ces questions-là.
Vous recollez le même prompt et rattachez les mêmes fichiers à chaque conversation. Le signal est clair : il faut emballer cette méthode une bonne fois. Mistral propose deux objets pour le faire, et ils ne vivent pas au même endroit ni sous le même régime.
Ce cinquième volet de la série « Maîtriser Mistral de A à Z » fait suite à l’article sur Projects, Libraries et connecteurs. Il ne vous apprendra pas à rédiger des instructions : l’outil s’en charge mieux et plus vite que n’importe quel gabarit. Il couvre l’arbitrage, les comportements que l’interface ne signale pas, et le moment où il faut passer à l’API.
Agent ou Skill : la question à trancher en premier
Un Agent est un assistant que vous configurez, puis que vous rappelez explicitement dans le mode Chat. Une Skill est une méthode que le mode Work applique de lui-même dès que la tâche correspond. Cette différence de déclenchement commande tout le reste.
Le statut des Agents
Mistral range les Agents parmi les fonctions héritées du mode Chat. La documentation est explicite, tout en rassurant sur le calendrier.
Les Agents restent disponibles dans l’onglet Chat, sans date de dépréciation annoncée
Vos agents existants ne bougent donc pas. Ils restent accessibles sur tous les paliers, et leurs réglages de partage survivent même à un changement d’abonnement. Mistral désigne toutefois les Skills comme leur successeur, et annonce des chemins de migration pour plus tard.
Cinq différences qui décident
| Critère | Agent (mode Chat) | Skill (mode Work) |
|---|---|---|
| Déclenchement | Vous le sélectionnez vous-même | Automatique, selon la description |
| Simultanéité | Un seul actif par conversation | Plusieurs disponibles en parallèle |
| Instructions personnalisées | L’agent les écrase quand il tourne | Elles restent appliquées |
| Outillage | Figé au moment de la configuration | Tout l’outillage de Work reste ouvert |
| Trajectoire produit | Fonction héritée, maintenue | Voie activement développée |
Prenez une Skill par défaut. Elle se déclenche seule, cohabite avec d’autres méthodes et garde accès aux connecteurs, aux bibliothèques et à la planification. Ne prenez un Agent que dans un cas précis : quand plusieurs personnes doivent obtenir exactement la même sortie. Vous voulez alors un comportement verrouillé, avec un périmètre d’outils volontairement restreint. Le fait qu’un agent écrase les instructions personnelles devient dans ce cas un avantage, pas un effet de bord.
La création : laissez l’outil écrire, corrigez une ligne
Ne partez jamais de la page blanche. Mistral recommande explicitement l’inverse, et l’usage le confirme.
Construisez vos Skills à partir de tâches réelles
La séquence tient en trois gestes. Menez une tâche réelle dans Work. Affinez au fil des relances jusqu’au résultat qui vous convient. Demandez ensuite « transforme ça en Skill ». Work rédige le SKILL.md, liste les ressources et vous le soumet. Une méthode née d’un usage réel capture les détails que vous n’auriez jamais pensé à écrire.
Le seul endroit où il se trompe régulièrement
Un défaut revient presque à chaque génération. L’outil rédige la description comme un résumé de contenu, alors qu’elle sert de déclencheur. Voici la correction à faire systématiquement.
# Ce que Work génère souvent Cette Skill aide à relire les contrats clients et à identifier les clauses à risque. # Ce qu'il faut écrire à la place À utiliser quand on relit un contrat client avant signature ou reconduction, par exemple un contrat de prestation ou un renouvellement d'abonnement.
La première formulation décrit un contenu. La seconde décrit une situation, et c’est elle que le modèle compare à votre tâche pour décider d’activer la Skill. Une description qui commence par « cette Skill aide à » ne se déclenche presque jamais toute seule.
Trois vérifications avant d’enregistrer
- Le périmètre — une Skill par métier. Si le fichier généré couvre trois procédures sans lien, scindez-le avant d’enregistrer.
- Les interdits — Work rédige rarement ce qu’il ne faut pas faire. Ajoutez-le vous-même, en termes concrets.
- Les doublons — deux descriptions voisines se disputent le déclenchement. Modifiez la Skill existante plutôt que d’en enregistrer une variante.
Si vous créez un Agent : quatre comportements non signalés
La configuration ne pose aucune difficulté. Onglet Chat, page Agents, quatre champs, enregistrement automatique. Ce sont les comportements autour de l’objet qui piègent.
L’invocation ne passe pas par l’arobase
Beaucoup de tutoriels indiquent de taper @. C’est faux. Cliquez sur + puis sur Agents, ou tapez / dans la zone de saisie. Le nom de l’agent s’affiche alors en haut du champ.
Un seul agent à la fois, et il prend le dessus
Une conversation n’accepte qu’un agent actif. La flèche du menu déroulant permet d’en changer, la croix de revenir au modèle par défaut. Surtout, pendant qu’il tourne, l’agent écrase vos instructions personnalisées. Vos préférences de format et de langue passent donc à la trappe si vous ne les avez pas reprises dans ses instructions.
Le partage n’envoie aucune notification
Vous partagez en collaborateur, qui peut modifier et supprimer, ou en lecteur, qui peut seulement utiliser. Dans les deux cas, personne n’est prévenu. Un agent partagé mais non annoncé reste donc invisible pour toute l’équipe.
La propriété ne se transfère pas
Aucun mécanisme ne permet de céder un agent à un collègue. Le contournement officiel demande trois étapes : partagez-le en collaborateur, demandez-lui de le dupliquer, puis supprimez l’original. Pensez-y avant qu’un départ ne vous laisse avec un agent orphelin.
Un dernier détail compte pour l’équipe. La suppression est définitive : si l’agent était partagé, il disparaît pour tout le monde d’un coup.
Migrer un agent vers une Skill
La conversion est plus rapide qu’elle n’en a l’air. Le corps des instructions se transpose presque à l’identique dans le SKILL.md : méthode, format de sortie, règles et interdits gardent la même forme. Les fichiers joints remplacent la bibliothèque attachée.
Une seule ligne demande une vraie réécriture, et c’est la description. Les instructions d’un agent décrivent un comportement permanent, puisque vous l’avez choisi sciemment. La description d’une Skill décrit une situation d’usage, puisque c’est elle qui commande l’activation. Ne recopiez donc jamais la description de l’agent telle quelle.
Quand passer à l’API
Agents et Skills vivent dans l’interface. Dès qu’un traitement doit partir depuis votre propre application, ils ne suffisent plus. Les agents créés dans Chat ne s’appellent d’ailleurs pas par programme.
Un agent Studio se déploie vers Chat
Créez alors vos agents depuis Mistral Studio ou l’API REST. Un détail mérite d’être connu : un agent créé dans Studio se déploie ensuite vers Chat, où il apparaît dans une section dédiée. Vous obtenez un seul objet, pilotable par code et utilisable à la main. C’est la seule façon d’éviter d’entretenir deux versions du même assistant.
Côté technique, l’agent_id porte les instructions, le modèle et les outils. Le conversation_id porte l’historique, qu’on prolonge à chaque échange. Un paramètre permet enfin de refuser que cet historique soit stocké côté Mistral. Les outils intégrés couvrent la recherche web, l’exécution de code, la génération d’images et la recherche dans vos bibliothèques.
Les handoffs, la vraie spécificité
Voici le mécanisme qui change l’échelle, et qui n’existe pas dans l’interface. Un agent passe la main à un autre au milieu d’une tâche.
Les agents peuvent en appeler d’autres au sein d’un même workflow
Vous déclarez quels agents ont le droit de déléguer à quels autres. Le modèle décide ensuite du moment, en s’appuyant sur leurs descriptions. Un agent financier délègue ainsi un calcul, puis une mise en graphique. Le relais s’exécute côté serveur ou côté client, selon le contrôle que vous voulez garder.
Garde-fous et orchestration durable
La modération se déclare directement sur l’agent. Elle s’applique alors à toutes ses conversations, sans appel séparé, et reste surchargeable requête par requête. Au-delà de la conversation, Mistral propose une couche d’orchestration qui enchaîne des étapes, intègre des validations humaines et reprend après incident. L’article 7 détaille cette partie.
Ce que ni les Agents ni les Skills ne font
Trois limites structurent la suite de vos choix.
- Aucune surveillance autonome — ni l’un ni l’autre ne se réveille seul. Pour qu’un traitement parte sans vous, il faut une tâche planifiée, un workflow ou un appel API.
- Aucune diffusion publique — le partage s’arrête aux frontières de votre organisation. Distribuer un assistant à des utilisateurs externes suppose une application maison branchée sur l’API.
- Pas de choix de modèle dans l’interface — un agent créé dans Chat tourne sur le modèle par défaut de la session. Arbitrer entre qualité, latence et coût impose de passer par Studio.
Ces limites restent supportables pour la plupart des usages. Un relecteur de contrats ou un préparateur de réunion fonctionne parfaitement dans ce cadre. Au-delà, Studio prend le relais sans rupture.
Ce que vous pouvez faire aujourd’hui
Prenez la tâche que vous répétez le plus. Menez-la une fois dans Work, demandez d’en faire une Skill, puis corrigez la description en « à utiliser quand ». Vous tenez un outil permanent en une dizaine de minutes, sans avoir rédigé une seule ligne d’instructions.
Réservez les Agents au cas qui les justifie encore : un comportement identique imposé à toute une équipe. Et si vous en gardez, notez dès maintenant qui en est propriétaire. Le jour où cette personne part, le transfert vous coûtera trois manipulations.
L’étape suivante quitte la conversation pour le terminal. Mistral y propose un agent de code capable de lire un dépôt, de modifier des fichiers et d’aller jusqu’à la demande de fusion.
L’agent Mistral pensé pour les développeurs — CLI, extensions VS Code, JetBrains et Zed, sessions distantes et pull requests.