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    Portrait · Acteurs de l’IA

    Anthropic : l’entreprise qui a créé Claude

    Anthropic développe Claude, l’une des familles de modèles d’IA les plus utilisées par les entreprises. Fondée en 2021 par d’anciens chercheurs d’OpenAI, la société a fait de la sécurité son identité. Elle est aujourd’hui valorisée 965 milliards de dollars et prépare son entrée en bourse. Son histoire récente mêle succès commercial, bras de fer avec le Pentagone et suspension d’un modèle par le gouvernement américain.

    Si vous utilisez une IA au travail, vous avez probablement croisé Claude. En cinq ans, l’assistant d’Anthropic est devenu un modèle de référence pour les développeurs, les entreprises et les utilisateurs exigeants. Anthropic reste pourtant d’abord un laboratoire de recherche devenu entreprise, avec une philosophie technique qui lui est propre. Ses choix l’ont placée au cœur des débats politiques sur le rôle de l’IA, jusqu’à un conflit ouvert avec l’administration américaine. Comprendre Anthropic aide donc à comprendre la direction que prend l’intelligence artificielle.

    Qui sont les fondateurs d’Anthropic

    Dario et Daniela Amodei ont fondé Anthropic en 2021 à San Francisco. Frère et sœur, ils sont d’origine italo-américaine : leur père venait de Massa Marittima, en Toscane, et leur mère est originaire de Chicago. Tous deux occupaient des postes clés chez OpenAI, Dario comme vice-président de la recherche et Daniela comme vice-présidente chargée de la sécurité et des politiques publiques.

    Né en 1983, Dario Amodei est docteur en physique de Princeton. Il est passé par Google Brain avant de rejoindre OpenAI en 2016, et il a cosigné cette année-là l’article de référence sur les « problèmes concrets de sécurité de l’IA ». Le physicien dirige aujourd’hui Anthropic en tant que CEO. Daniela, née en 1987, a suivi un parcours très différent : des études de littérature anglaise à UC Santa Cruz, une expérience politique, puis la gestion des risques chez Stripe avant OpenAI. Présidente d’Anthropic, elle pilote la gouvernance, les opérations et les partenariats.

    Leur départ d’OpenAI est né d’un désaccord sur les priorités de l’entreprise après l’investissement d’un milliard de dollars de Microsoft. Les Amodei jugeaient dangereuse une course à la performance qui n’investissait pas autant dans la sécurité. Ils sont partis avec plusieurs collègues, dont Chris Olah (interprétabilité), Jared Kaplan (lois d’échelle) et Sam McCandlish, pour fonder un laboratoire où la sécurité serait la raison d’être. L’équipe de direction s’est étoffée depuis, avec notamment Krishna Rao au poste de directeur financier.

    Le nom « Anthropic »

    Le mot vient du grec et signifie « relatif à l’humain ». Il résume le projet de l’entreprise : construire des systèmes d’IA qui restent compréhensibles, contrôlables et alignés sur les intérêts humains. Le nom de Claude renvoie, lui, à Claude Shannon, le mathématicien fondateur de la théorie de l’information.

    Constitutional AI : comment Anthropic entraîne ses modèles

    Si vous ne devez retenir qu’un concept technique sur Anthropic, choisissez celui-ci, car cette méthode d’entraînement distingue Claude de ses concurrents. L’idée, publiée fin 2022, évite de faire corriger chaque réponse du modèle par des milliers d’annotateurs humains, une approche coûteuse, lente et subjective. Le modèle reçoit à la place une « constitution », c’est-à-dire un ensemble de principes écrits en langage courant, et il apprend à s’évaluer à partir de ce texte.

    Concrètement, le modèle génère une réponse, la critique au regard de sa constitution, puis la révise pour s’y conformer. Ce processus s’appuie sur un apprentissage par renforcement guidé par une IA (RLAIF) plutôt que par des humains (RLHF). La première constitution s’inspirait notamment de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. La version publiée en 2026 compte environ 23 000 mots, contre 2 700 en 2023, et la philosophe Amanda Askell en est la principale rédactrice.

    L’interprétabilité mécaniste forme l’autre pilier technique. Cette recherche cherche à comprendre comment un réseau de neurones prend ses décisions en interne. La plupart des modèles d’IA fonctionnent comme des boîtes noires : on voit ce qui entre et ce qui sort, sans savoir ce qui se passe entre les deux. L’équipe de Chris Olah travaille à ouvrir cette boîte, un chantier de long terme qui pourrait un jour permettre de vérifier qu’un modèle est sûr.

    Pourquoi c’est important pour vous

    Constitutional AI explique pourquoi Claude se comporte différemment de ChatGPT ou de Gemini sur les sujets sensibles. Le modèle applique des principes au lieu de suivre une liste de mots interdits. Il se montre ainsi plus nuancé sur les sujets complexes, mais aussi plus prudent sur certaines demandes. Quand Claude vous paraît trop réservé, c’est souvent sa constitution qui s’exprime.

    La gamme Claude actuelle : Fable, Opus, Sonnet et Haiku

    Claude désigne une famille de modèles. Pendant longtemps, elle s’est organisée en trois niveaux inspirés de la poésie : Haiku (rapide et léger), Sonnet (polyvalent) et Opus (raisonnement profond). L’année 2026 a bousculé ce schéma. Après Opus 4.6 (5 février), Sonnet 4.6 (17 février), Opus 4.7 (16 avril) et Opus 4.8 (28 mai), Anthropic a ajouté une nouvelle classe de modèles, plus puissante qu’Opus.

    Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 sont sortis le 9 juin 2026. Ils reposent sur le même modèle, avec des niveaux de garde-fous différents. Fable 5 s’adresse à tous les clients, alors que Mythos 5, plus permissif sur la cybersécurité, reste réservé à des organisations vérifiées. La version 5.1 des deux modèles a pris le relais le 1er septembre 2026. Fable 5.1 est facturé 10 dollars par million de tokens en entrée et 50 dollars en sortie, et Anthropic a divisé par quatre le prix des lectures en cache. Mythos 5.1 n’est accessible qu’à des professionnels vérifiés de la cybersécurité défensive et des sciences du vivant, dans des organisations américaines. Pour le détail de cette nouvelle classe, lisez notre article sur Claude Fable 5 et la classe Mythos.

    Claude Opus 5.5, sorti le 22 septembre 2026, est désormais le modèle qu’Anthropic recommande au quotidien pour le code et le travail en entreprise. Selon l’éditeur, il atteint le niveau de Fable 5.1 sur la plupart des tâches et coûte environ 40 % de moins à l’usage qu’Opus 5. Il est facturé 4 dollars en entrée et 20 dollars en sortie par million de tokens, et la lecture en cache coûte 0,05 fois le tarif d’entrée. Il dispose d’une fenêtre de contexte d’un million de tokens et permet de régler le niveau d’effort pour arbitrer entre coût et qualité. Il succède à Claude Opus 5, lancé le 24 juillet 2026 à 5 dollars en entrée et 25 dollars en sortie. Notre article consacré à Claude Opus 5 détaille les capacités de ce prédécesseur.

    Claude Sonnet 5, sorti le 30 juin 2026, reste le modèle polyvalent de la gamme. Il est proposé dans toutes les formules, y compris l’offre gratuite, pour 2 dollars en entrée et 10 dollars en sortie par million de tokens. Claude Haiku 4.5 demeure le modèle le plus rapide, conçu pour les tâches à haut volume comme le service client automatisé ou les résumés.

    Modèle Positionnement Contexte Prix API (entrée / sortie par million de tokens)
    Fable 5.1 Raisonnement exigeant, agents de longue durée 1M tokens 10 $ / 50 $
    Opus 5.5 Code complexe, travail en entreprise 1M tokens 4 $ / 20 $
    Sonnet 5 Équilibre vitesse et intelligence 1M tokens 2 $ / 10 $
    Haiku 4.5 Vitesse, haut volume 200K tokens 1 $ / 5 $

    La suspension de Claude Fable 5 par le gouvernement américain

    Trois jours après la sortie de Fable 5, le 12 juin 2026, Anthropic a coupé l’accès au modèle et à Mythos 5 pour tous ses utilisateurs. Le département du Commerce avait émis une directive fondée sur le contrôle des exportations. Washington s’inquiétait d’une méthode de contournement des garde-fous qui aurait permis d’utiliser Fable 5 pour trouver des failles logicielles. Selon le cabinet Greenberg Traurig, il s’agissait du premier recours connu au contrôle des exportations pour restreindre un modèle d’IA précis.

    Anthropic s’est conformée à la directive tout en contestant son bien-fondé. L’entreprise a jugé la faille mineure et a regretté de n’avoir reçu aucune justification écrite détaillée. Pendant la suspension, les autres modèles Claude sont restés disponibles. Le département du Commerce a levé ses restrictions le 30 juin, et Fable 5 est revenu pour tous les utilisateurs le 1er juillet. Entre-temps, Anthropic avait déployé un nouveau classifieur de sécurité, qui bloque la technique signalée dans plus de 99 % des cas selon l’entreprise. Elle s’est aussi engagée à renforcer les évaluations gouvernementales avant la sortie de ses modèles. Notre article sur la suspension de Claude Fable 5 décrypte le communiqué d’Anthropic.

    OpenAI a connu une procédure proche : son modèle GPT-5.6 a d’abord été réservé à une vingtaine d’entreprises approuvées par le gouvernement, fin juin 2026. Ces deux épisodes montrent que les modèles les plus puissants passent désormais par un contrôle de l’État américain avant d’atteindre le public.

    Claude Code, Cowork et les autres produits d’Anthropic

    Autour de ses modèles, Anthropic a construit tout un écosystème de produits.

    Claude.ai est l’assistant accessible à tous, en version gratuite ou sur abonnement (Pro, Max, Team, Enterprise). Il intègre la recherche web, la mémoire entre conversations, la création de fichiers et des connecteurs vers des outils comme Google Drive, Gmail ou Slack. Notre fiche Claude par Anthropic présente ses fonctions et ses formules.

    Claude Code a installé Anthropic dans le monde du développement logiciel. Lancé en février 2025, cet agent lit des bases de code entières, écrit des fonctionnalités, exécute des tests et corrige des bugs de manière autonome. Il fonctionne en ligne de commande, dans les éditeurs de code et sur le web. Il générait déjà 2,5 milliards de dollars de revenus annualisés en février 2026, selon Anthropic.

    Claude Cowork, lancé en janvier 2026, applique le principe de Claude Code aux tâches bureautiques : tri de documents, extraction de données, création de rapports. D’abord réservé à l’application de bureau, il s’est ouvert au web et au mobile à partir du 7 juillet 2026. Une tâche peut ainsi continuer à tourner en arrière-plan pendant que l’utilisateur valide les étapes clés depuis son téléphone. D’après Anthropic, plus de 90 % de l’usage de Cowork ne concerne pas le code. Son arrivée a inquiété les investisseurs des éditeurs de logiciels, qui craignent qu’une partie des outils SaaS traditionnels devienne superflue.

    L’écosystème comprend aussi Claude pour Chrome, Claude pour Excel et PowerPoint, Claude Design (lancé en avril 2026 pour créer prototypes et visuels) et Dispatch, qui permet de confier des tâches depuis son téléphone. Pour tirer parti de l’ensemble, notre série Maîtriser Claude de A à Z réunit des guides pratiques.

    Le modèle économique : comment Anthropic gagne de l’argent

    Anthropic tire l’essentiel de ses revenus des entreprises. Les développeurs et les sociétés paient au token pour intégrer Claude dans leurs applications via l’API, directement ou par l’intermédiaire d’AWS, de Google Cloud et de Microsoft. S’y ajoutent les abonnements individuels (Pro à 20 dollars par mois, Max à 100 ou 200 dollars), les offres Team et Enterprise, ainsi que Claude Code, devenu un moteur de croissance à part entière.

    La croissance a été spectaculaire. Le chiffre d’affaires annualisé est passé d’environ 1 milliard de dollars début 2025 à 9 milliards fin 2025, puis à 14 milliards en février 2026. Anthropic a ensuite annoncé plus de 47 milliards en mai 2026. D’après Bloomberg, ce rythme dépassait 65 milliards fin juillet 2026. Selon le Financial Times, les investisseurs d’Anthropic s’attendent à ce qu’il atteigne entre 100 et 120 milliards fin 2026. Le New York Times a rapporté le 18 septembre 2026 que ce rythme dépassait déjà 100 milliards.

    Attention aux chiffres

    Un revenu annualisé de 65 milliards signifie qu’Anthropic facture à ce rythme à un instant donné, pas qu’elle a encaissé cette somme sur douze mois. La rentabilité reste aussi fragile. Selon le Wall Street Journal, les projections internes présentées aux investisseurs annonçaient un premier bénéfice d’exploitation au deuxième trimestre 2026, d’environ 559 millions de dollars. Anthropic prévenait toutefois que ses dépenses de calcul prévues pour fin 2026 et 2027 risquaient de faire replonger ses comptes dans le rouge.

    Levées de fonds, valorisation et introduction en bourse

    La trajectoire financière d’Anthropic compte parmi les plus rapides de l’histoire de la tech. L’entreprise a levé 124 millions de dollars en 2021, avec le soutien de Jaan Tallinn (Skype) et de Dustin Moskovitz (Facebook). Alameda Research, la société de Sam Bankman-Fried, a ensuite investi 580 millions avant l’effondrement de FTX en novembre 2022. Amazon et Google ont suivi avec plusieurs milliards de dollars.

    Le mouvement s’est accéléré en 2025, avec une série E valorisant l’entreprise 61,5 milliards en mars, puis une série F à 183 milliards en septembre. En novembre 2025, Microsoft et Nvidia ont promis jusqu’à 15 milliards. La série G de février 2026 a apporté 30 milliards pour une valorisation de 380 milliards. Trois mois plus tard, le 28 mai 2026, la série H a réuni 65 milliards de dollars pour une valorisation de 965 milliards, menée par Altimeter, Dragoneer, Greenoaks et Sequoia. Anthropic est ainsi devenue la start-up d’IA la mieux valorisée, devant OpenAI (852 milliards en mars 2026).

    Le 1er juin 2026, Anthropic a déposé confidentiellement un projet de prospectus (S-1) auprès de la SEC, le gendarme boursier américain. D’après Reuters, le lancement de l’opération a glissé et la phase de commercialisation ne commencerait pas avant la mi-octobre. Certains investisseurs évoquent une valorisation proche de 2 000 milliards de dollars, un chiffre qui reste à confirmer lors de la cotation.

    Date Tour Montant levé Valorisation
    2021 Seed / Series A 124 M$ Non communiquée
    2022 Series B (Alameda) 580 M$ Non communiquée
    2023-2024 Amazon et Google Environ 6 Md$ Environ 18 Md$
    Mars 2025 Series E 3,5 Md$ 61,5 Md$
    Sept. 2025 Series F 13 Md$ 183 Md$
    Nov. 2025 Microsoft et Nvidia Jusqu’à 15 Md$ Environ 350 Md$
    Fév. 2026 Series G 30 Md$ 380 Md$
    Mai 2026 Series H 65 Md$ 965 Md$

    Gouvernance : une société d’intérêt public

    Anthropic est constituée en public benefit corporation, une société d’intérêt public juridiquement tenue de poursuivre un objectif social en plus du profit. Un organe interne, le Long-Term Benefit Trust, veille à la mission de long terme et peut désigner des administrateurs, y compris face aux pressions du marché.

    Amazon et Google, ses deux plus gros investisseurs historiques, ne siègent pas au conseil d’administration, ce qui reste rare dans le secteur. La structure du capital est pourtant circulaire : les géants de la tech investissent des milliards qu’Anthropic leur reverse en infrastructure de calcul. Lors de la série H, l’entreprise a ainsi annoncé des accords portant sur jusqu’à 5 gigawatts de capacité avec Amazon et 5 gigawatts de puces TPU avec Google et Broadcom. Son indépendance réelle reste donc une question ouverte, d’autant que l’entrée en bourse ajoutera de nouveaux actionnaires.

    La crise du Pentagone et la bataille judiciaire

    En février 2026, Anthropic a traversé une crise publique majeure. L’entreprise avait signé en juillet 2025 un contrat de 200 millions de dollars avec le département de la Défense, et Claude était devenu le premier modèle d’IA déployé sur les réseaux classifiés de l’armée américaine. Le contrat excluait deux usages : la surveillance de masse des citoyens américains et les armes entièrement autonomes.

    Le Pentagone a exigé un accès sans restriction, « à toutes fins légales », et Dario Amodei a refusé. Le département a alors désigné Anthropic comme un « risque pour la chaîne d’approvisionnement », une première pour une entreprise américaine, et Donald Trump a ordonné aux agences fédérales de cesser d’utiliser ses produits. OpenAI a signé dans la foulée son propre accord avec le Pentagone. L’affaire a provoqué un mouvement de soutien du public : Claude a pris la première place de l’App Store américain le 28 février 2026.

    Anthropic a porté plainte en mars 2026, en Californie et à Washington. En avril, une cour d’appel a refusé de suspendre temporairement la désignation. Le 27 août 2026, la juge fédérale Rita Lin a pourtant jugé cette mesure illégale, y voyant des représailles contraires au premier amendement. Le gouvernement peut encore faire appel, et la procédure engagée à Washington se poursuit. Entre-temps, le Pentagone a confié ses réseaux classifiés à huit autres entreprises, dont OpenAI, Google et Microsoft.

    The empty invocation of national security is not a blank check to punish and retaliate against government critics.
    La simple invocation de la sécurité nationale n’est pas un chèque en blanc pour punir les critiques du gouvernement et exercer des représailles contre eux. Rita Lin, juge fédérale — décision du 27 août 2026

    Ce conflit illustre la tension au cœur d’Anthropic. L’entreprise fait de ses principes éthiques un avantage concurrentiel, et elle doit les défendre face au client le plus puissant du monde. À court terme, l’épisode a renforcé son image et son adoption, mais la relation avec Washington reste instable, comme l’a montré la suspension de Fable 5.

    La place d’Anthropic face à OpenAI et Google

    Trois acteurs dominent l’IA générative : OpenAI (ChatGPT), Anthropic (Claude) et Google (Gemini). Derrière eux, Mistral AI, xAI (Grok) et Meta complètent le paysage, avec des laboratoires chinois comme DeepSeek ou Qwen.

    Anthropic se distingue sur deux terrains. Claude est réputé pour sa qualité sur les tâches exigeantes : rédaction longue, code complexe, analyse de documents et raisonnement nuancé. L’entreprise a aussi pris une avance nette auprès des développeurs grâce à Claude Code. Notre portrait d’OpenAI, son grand rival, permet de comparer les trajectoires des deux sociétés.

    Dans le grand public, ChatGPT garde une large avance avec plus de 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires. Le rapport de force s’est en revanche inversé dans les entreprises. Selon l’indice de Ramp, qui suit les dépenses des sociétés américaines, Anthropic a dépassé OpenAI pour la première fois en avril 2026. En juillet 2026, 43,5 % des entreprises suivies payaient pour Anthropic, contre 39,7 % pour OpenAI. En revenus annualisés, Anthropic (plus de 65 milliards) devance également OpenAI (plus de 40 milliards selon Bloomberg), même si les deux sociétés ne calculent pas forcément ce chiffre de la même façon.

    Les points de vigilance

    La croissance d’Anthropic repose sur des besoins de calcul colossaux et sur quelques partenaires cloud dont elle dépend fortement. Ses relations avec l’administration américaine restent tendues, entre la procédure contre le Pentagone et le contrôle de ses modèles les plus puissants. L’économiste de Ramp relève aussi que l’entreprise a intérêt à pousser ses clients vers ses modèles les plus chers, même quand un modèle moins coûteux suffirait.

    Ce qu’il faut retenir d’Anthropic

    Anthropic occupe une place à part dans l’industrie technologique. Née d’une conviction scientifique, selon laquelle la sécurité de l’IA est un problème technique à résoudre, elle a transformé cette conviction en modèle économique, puis en position politique. En cinq ans, la petite équipe issue d’OpenAI est devenue une entreprise valorisée 965 milliards de dollars, en tête de l’adoption par les entreprises américaines.

    Une question accompagne toute entreprise bâtie sur des principes : jusqu’où peut-elle les maintenir quand les pressions financières, politiques et concurrentielles augmentent ? Anthropic a dit non au Pentagone et a obtenu gain de cause en première instance. Elle a aussi accepté de suspendre Fable 5 à la demande de Washington, puis de renforcer ses contrôles. L’entrée en bourse ajoutera bientôt l’exigence des marchés. Anthropic mérite donc d’être suivie de près, pour ses modèles comme pour ce qu’elle révèle de l’avenir de l’IA.

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    Mise à jour : 23 septembre 2026