Gemini 4 Argon : le modèle qui remet Google en tête, sauf sur le code
Après l’abandon de Gemini 3.5 Pro, Google est passé directement à la génération suivante. Gemini 4 Argon est ouvert au public depuis le 13 octobre 2026. Les abonnés AI Pro et Ultra le trouvent dans l’app Gemini, et les développeurs dans l’API payante. Il prend la tête de plusieurs classements, mais certains employés de Google doutent de son niveau en code. Voici ce que contient l’annonce, ce que disent les chiffres, ce que coûte le modèle et comment y accéder depuis la France.
Pendant cinq mois, le haut de gamme de Google a tourné autour d’une absence. Présenté à Google I/O en mai, Gemini 3.5 Pro a manqué trois dates de sortie, avant que Google renonce à le publier. Entre-temps, OpenAI et Anthropic ont pris de l’avance avec GPT-6 Astra et Claude Opus 5.5. Gemini 4 Argon a donc une mission claire : ramener Google au niveau des meilleurs sur le travail long et complexe.
Le modèle ouvre la famille Gemini 4. Il marque aussi le premier grand lancement de Koray Kavukcuoglu à la tête de Google DeepMind. Celui-ci a succédé en août à Demis Hassabis, devenu chairman et chief scientist d’Alphabet. Pour situer Argon parmi les outils de Google, notre série Maîtriser Gemini détaille chaque application. Son premier volet dresse la carte de l’écosystème Google AI.
Ce que Google a annoncé, en deux temps
Google a présenté Argon le 30 septembre, sans l’ouvrir au public. Seuls les spécialistes de la cybersécurité de son programme Fairwind y avaient accès. L’entreprise menait en parallèle des tests de sécurité supplémentaires. Elle a aussi soumis le modèle à l’examen volontaire que propose le gouvernement américain avant une diffusion large. La disponibilité générale a suivi le 13 octobre, avec un billet signé par Koray Kavukcuoglu.
We’re giving developers, enterprises, scientists, and consumers access to our latest frontier model.
Koray Kavukcuoglu, Google DeepMind — lancement de Gemini 4 Argon, 13 octobre 2026
Argon vise le travail en plusieurs étapes. Google cite le développement logiciel, la finance, le droit, la cybersécurité et la recherche scientifique. Le modèle lit le texte, les images, l’audio, la vidéo et les PDF, puis il répond en texte. Google met aussi en avant des progrès en raisonnement spatial, en mathématiques et en suivi des consignes. L’entreprise promet enfin un ton plus direct que celui des modèles Gemini précédents.
Argon answers questions more directly with less hedging.
Google — billet de lancement de Gemini 4 Argon, 13 octobre 2026
Deux programmes accompagnent la sortie. Les membres de Fairwind gardent une version sans garde-fous cyber, et le programme s’ouvre à plusieurs centaines de nouveaux partenaires. Par ailleurs, 10 000 scientifiques peuvent obtenir le plus haut niveau d’usage d’Antigravity pendant six mois, sur candidature. Google n’a donné aucune date pour les autres modèles de la famille. Selon Business Insider, des variantes internes nommées Barium et Carbon sont en test, ce que Google n’a pas commenté.
Où utiliser Argon, et à quel prix
L’accès dépend de l’endroit où vous l’utilisez. Le billet de Google annonce un déploiement mondial, sans restriction régionale. La page française des abonnements Gemini affiche bien Argon. Aucune offre gratuite ne donne accès au modèle.
| Où | Qui y a accès |
|---|---|
| App Gemini et AI Mode de Google Search | Abonnés AI Pro (21,99 € par mois en France) et AI Ultra (à partir de 99,99 €) |
| Antigravity, l’environnement de code de Google | Abonnés AI Ultra côté particuliers, et offres entreprise |
| API Gemini (AI Studio, plateforme Gemini) | Palier payant uniquement, identifiant gemini-4-argon |
| Gemini Enterprise | Abonnements éligibles, région de données UE comprise |
| Android Studio et Firebase AI Logic | Développeurs Android, via l’API payante |
Les sources divergent sur un point qui compte pour les petits budgets. L’annonce de Google réserve Argon aux abonnés AI Pro et Ultra dans l’app. La carte AI Plus de la page française, à 4,99 € par mois, mentionne pourtant elle aussi « Gemini 4 Argon ». Avant de souscrire AI Plus pour ce modèle, vérifiez qu’il apparaît dans votre sélecteur. Le plan gratuit, lui, fonctionne en mode Auto depuis le 9 octobre, surtout sur Flash-Lite.
Dans l’app, Argon rejoint 3.5 Flash-Lite, 3.8 Flash et 3.1 Pro dans le sélecteur des abonnés. Trois niveaux d’effort règlent la profondeur de réflexion. Pour savoir ce que devient l’ancien modèle Pro, notre article sur Gemini 3.1 Pro retrace son parcours.
Le tarif de l’API Gemini
Pour les développeurs, Google pratique un tarif de lancement agressif, avec une date de fin fixée.
| Période | Entrée (1 M tokens) | Sortie (1 M tokens) |
|---|---|---|
| Jusqu’au 30 novembre 2026 | 2 $ | 10 $ |
| À partir du 1er décembre 2026 | 4 $ | 20 $ |
Les tokens d’entrée mis en cache coûtent 95 % de moins. Au tarif de lancement, Argon s’aligne sur Claude Sonnet 5.5 et GPT-6.1 Sol, d’après VentureBeat. Une fois le prix doublé, il rejoint Claude Opus 5.5. Il reste alors bien moins cher que GPT-6 Astra, facturé 10 $ et 50 $. Artificial Analysis chiffre sa batterie de tests à 1,99 $ par tâche au tarif de lancement, et 3,98 $ ensuite. Pour le reste de la grille, notre guide de l’API Gemini fait le point.
Les chiffres : où Argon mène, où il recule
Google publie une comparaison sur 19 tests, et Argon mène sur 13 d’entre eux selon ses propres chiffres. Le tableau retient les tests les plus parlants pour un usage professionnel.
| Test | Gemini 4 Argon | GPT-6 Astra | Claude Opus 5.5 |
|---|---|---|---|
| Vals Index (finance, code, droit, fiscalité) | 68,9 % | 63,1 % | 67,0 % |
| Vals Finance Agent v2 | 65,4 % | 53,5 % | 58,6 % |
| Harvey Legal Agent (droit) | 19,6 % | 5,4 % | 3,8 % |
| AutomationBench (automatisation Zapier) | 51,3 % | 41,4 % | 42,5 % |
| DeepSWE v1.1 (code) | 77,9 % | 74,1 % | 74,2 % |
| FrontierSWE v2 (code) | 55,0 % | 65,5 % | 62,3 % |
| Terminal-Bench 4.0 (code en terminal) | 57,4 % | 58,2 % | 66,4 % |
| OSWorld-2.0 (usage de l’ordinateur) | 69,2 % | 72,6 % | non publié |
| GraphWalks 256K à 1M (contexte long) | 84,2 % | 71,8 % | 66,8 % |
Ces résultats dessinent deux profils. Argon prend nettement l’avantage sur la finance, le droit, l’automatisation et les très longs documents. GPT-6 Astra et Claude Opus 5.5 gardent la main sur une partie du code et sur l’usage de l’ordinateur. Le score Harvey rappelle aussi une limite : même en tête, Argon échoue sur huit tâches juridiques sur dix.
Ce que disent les classements indépendants
Ils confirment ce partage. Vals AI, qui gère le Vals Index, place Argon premier sur 43 modèles. Sur l’Arena, des utilisateurs comparent les réponses à l’aveugle. Argon y prend la première place en texte, avec 1 525 points, mais seulement la huitième en développement web. Artificial Analysis lui attribue 53 points dans son indice général. Il partage ce score avec GPT-6 Astra et Claude Fable 5.1, derrière Claude Opus 5.5 à 58.
Sur le test AA-Omniscience, Argon en réflexion élevée invente une réponse dans 15 % des cas. GPT-6 Astra, lui, invente dans 51 % des cas. Argon signe le meilleur résultat parmi les modèles les plus performants. Ce test pénalise pourtant les erreurs, pas les refus : un modèle qui répond « je ne sais pas » s’en sort mieux. Pour un usage professionnel, ce comportement reste précieux. Un refus se repère et se transmet à un humain, alors qu’une erreur affirmée avec aplomb peut passer la relecture. Notre article sur les hallucinations de l’IA explique pourquoi ce point compte autant.
Le million de tokens en sortie : ce que disent les sources
C’est le chiffre le plus repris du lancement, et les sources ne le présentent pas de la même façon. Le billet du 13 octobre parle d’un million de tokens partagés entre l’entrée et la sortie. L’annonce du 30 septembre évoquait plutôt un million de tokens en sortie, contre 64 000 pour la génération précédente.
La documentation de l’API tranche la question : la fenêtre totale atteint 1 048 576 tokens, mais une réponse s’arrête par défaut à 65 536 tokens. Pour aller plus loin, il faut activer le décodage long. Cette fonction met la génération en pause, puis la reprend sur plusieurs appels pour éviter les coupures. Elle sert surtout aux grandes migrations de code. Les agents de Google ont ainsi traduit plus de 800 000 lignes du noyau Fuchsia de C et C++ vers Rust. Dans l’app Gemini, n’attendez pas de réponse d’un million de tokens. La fenêtre des abonnés AI Pro et Ultra tourne autour d’un million de tokens au total.
Les doutes sur le code, venus de l’intérieur
Le lancement a connu un contretemps dès les premiers jours. Selon Bloomberg, des employés de Google trouvent Argon moins bon sur le travail réel que ne le laissent penser ses scores. Le code revient le plus souvent dans leurs critiques. Un employé vise notamment le développement front-end, qui fixe l’apparence d’une application ou d’un site. Deux sources évoquent même un modèle optimisé pour les tests plutôt que pour l’usage. Les ingénieurs appellent cette dérive le « benchmaxxing ». Après l’article, l’action Alphabet a rendu une partie de la hausse obtenue grâce à l’annonce.
Google conteste ces critiques et juge inexact de dire qu’Argon sous-performe en code. L’entreprise cite ses résultats internes sur quatre semaines. Les soumissions de code produites par des agents ont progressé de plus de 35 %, et les retours en arrière après publication ont baissé de près d’un tiers. Plus de 100 000 employés utiliseraient Argon chaque mois dans une version interne d’Antigravity. Ces chiffres viennent toutefois de Google, et personne ne les a reproduits.
This is a really, really, really good model. But is it the best model out there? I actually don’t think it is.
Sam Witteveen, Red Dragon AI — cité par VentureBeat, 13 octobre 2026
Le développeur salue la capacité du modèle à généraliser. Il juge en revanche qu’Antigravity reste loin de Claude Code ou de Codex. Son conseil rejoint celui des premiers testeurs : essayez Argon sur vos chantiers habituels avant de miser sur ses capacités hors norme.
Pourquoi Google a d’abord réservé Argon aux défenseurs
La sortie progressive tient aux capacités du modèle en cybersécurité. Avant l’ouverture, Google a confié Argon aux équipes de défense de Fairwind, sans les garde-fous de la version publique. La société de sécurité Wiz s’en est par exemple servie pour repérer et faire corriger une faille grave dans un logiciel de santé.
Accessible à tous, la version publique refuse les demandes liées aux attaques informatiques et aux armes chimiques, biologiques ou nucléaires. Des sondes surveillent l’activité interne du modèle, et des moniteurs stoppent toute action qui sort du cadre prévu. Google a également entraîné Argon contre les injections de prompt cachées dans les documents. Sur le test de Gray Swan, ces attaques réussissent dans 0,7 % des cas après 15 tentatives. Les testeurs externes n’ont débloqué que moins de 1 % des tâches biologiques à risque. Le modèle demande enfin une confirmation humaine avant une action irréversible. Ce réflexe compte dès qu’un agent agit sur vos comptes.
Ce que cela change pour vous
Si vous êtes abonné AI Pro, Argon est déjà dans votre sélecteur, sans surcoût. Réservez-le aux demandes qui méritent un modèle lourd. Pensez à l’analyse d’un dossier juridique ou financier, à la synthèse d’un très long document ou à un raisonnement en plusieurs étapes. Pour le reste, 3.8 Flash répond plus vite et consomme moins de quota. Sur les plans gratuit et AI Plus, rien ne change dans l’immédiat. Vérifiez seulement si Argon apparaît sur votre compte AI Plus.
Côté développeurs, le tarif de lancement court jusqu’au 30 novembre. Profitez-en pour comparer Argon à vos modèles actuels, sur vos propres charges et au coût par tâche. Testez-le d’abord sur l’extraction et l’analyse de documents longs. Gardez votre modèle habituel pour le front-end, tant que vos essais ne disent pas le contraire. Pour la recherche approfondie, notre guide des trois modes Deep de Gemini explique quand passer par Deep Think.
Notre avis
Argon remet Google dans la course au sommet, sans le placer devant tout le monde. Ses points forts se situent sur la finance, le droit et les très longs documents. Son taux d’hallucination figure en prime parmi les plus bas du marché. Sur le code, Claude Opus 5.5 et GPT-6 Astra gardent des arguments. Les doutes exprimés en interne invitent à la prudence, tant que les tests indépendants restent partagés. Un abonné AI Pro a tout intérêt à garder Argon sous la main. Une équipe technique devrait l’essayer avant que le prix double. Pour comparer les assistants dans leur ensemble, notre comparatif ChatGPT, Claude ou Gemini aide à choisir selon votre métier. La fiche Gemini de l’annuaire résume l’offre.
Sorties, mises à jour et changements de tarifs des grands modèles d’IA, vérifiés et remis en contexte.