Robots humanoïdes en 2026 : où en est-on vraiment ?
Tesla a arrêté les Model S et X pour fabriquer des robots dans son usine de Fremont. Figure AI produit un humanoïde par heure, et Unitree a fait une entrée fracassante en Bourse. Les robots humanoïdes sortent des laboratoires, mais la plupart travaillent encore dans des usines, des entrepôts ou des salles de recherche. Voici un état des lieux, robot par robot, avec ce qui fonctionne et ce qui relève encore de la promesse.
Début mai 2026, les dernières Model S et Model X sont sorties de l’usine Tesla de Fremont, en Californie. La ligne est en cours de reconversion pour produire Optimus, le robot humanoïde de la marque, avec un objectif affiché d’un million d’unités par an. Elon Musk répète que les robots deviendront la partie la plus précieuse de Tesla. Pourtant, aucun démarrage de production n’était annoncé à la mi-septembre 2026.
Ce décalage résume bien le secteur. Les volumes progressent vite, surtout en Chine : le cabinet Omdia a compté environ 13 000 humanoïdes livrés dans le monde en 2025. Pour le premier semestre 2026, les estimations divergent : IDC en compte près de 25 000, Counterpoint un peu plus de 22 000. Selon IDC, 69 % de ces robots partent dans la recherche, l’enseignement ou les démonstrations. Les humanoïdes qui travaillent vraiment restent donc minoritaires.
Les robots humanoïdes qui comptent en 2026
Tesla Optimus
Optimus est le plus médiatisé de tous, et aussi le plus difficile à évaluer. La troisième génération, attendue pour la mi-2026, n’avait toujours pas été présentée à la mi-septembre. Musk refuse désormais de donner un volume de production pour l’année, alors qu’il annonçait environ 10 000 unités en janvier 2025. Le prix visé à grande échelle se situe quant à lui entre 20 000 et 30 000 dollars, sans précommande ni client externe à ce jour. En présentant les résultats du quatrième trimestre 2025, Musk avait admis que les robots ne faisaient pas encore de « travail utile » dans les usines Tesla.
Figure 03 (Figure AI)
Lancé en octobre 2025, Figure 03 mesure 1,68 m et porte des capteurs tactiles au bout des doigts. Son prédécesseur a participé à la production de plus de 30 000 BMW X3 pendant un pilote de près d’un an à Spartanburg. BMW y déploie désormais le Figure 03 pour de la logistique. L’usine BotQ de Figure annonce par ailleurs une capacité de 12 000 robots par an. Elle en avait produit 1 000 fin juillet 2026, au rythme d’un robot par heure. L’entreprise, valorisée 39 milliards de dollars, s’appuie sur son propre modèle d’IA, Helix, depuis la fin de son partenariat avec OpenAI en février 2025.
Boston Dynamics Atlas
La version de production d’Atlas, présentée au CES 2026, mesure 1,88 m, soulève 30 kg et change elle-même sa batterie en trois minutes environ. Toutes les unités fabriquées en 2026 vont à Hyundai, propriétaire de Boston Dynamics, et à Google DeepMind, qui fournit ses modèles Gemini Robotics. Hyundai a ensuite ouvert en septembre 2026 un centre d’entraînement dans son usine de Géorgie. Le constructeur vise 25 000 Atlas sur ses sites, avec un travail sur la chaîne à partir de 2028.
Unitree G1, R1 et H2
Unitree, le fabricant chinois, vend les humanoïdes les plus accessibles du marché. Le R1 coûte ainsi environ 5 900 dollars et le G1 environ 13 800 dollars. Comptez environ 30 000 dollars en prix fabricant pour le H2, plus grand avec 1,82 m. Selon son prospectus, Unitree a livré plus de 5 500 humanoïdes en 2025, alors qu’Omdia en compte 4 200. Son introduction à la Bourse de Shanghai, le 19 août 2026, a fait plus que quintupler le cours dès le premier jour. Ses robots servent toutefois surtout à la recherche, à l’enseignement et aux démonstrations.
1X NEO
Le NEO de la start-up 1X, née en Norvège, vise la maison. Il pèse 30 kg et se vend 20 000 dollars, ou 499 dollars par mois en abonnement. L’entreprise annonce par ailleurs 10 000 précommandes en cinq jours et a ouvert une usine en Californie en avril 2026. Aucune livraison à domicile n’était pourtant confirmée début octobre 2026, et l’entreprise promet les premières avant la fin de l’année. Le NEO s’appuie aussi sur un « mode expert ». Avec l’accord du propriétaire, un opérateur de 1X le pilote à distance pour les tâches qu’il ne sait pas encore faire seul.
Agility Digit et Apptronik Apollo
Chez Amazon, GXO, Schaeffler et Toyota, Agility Robotics fait travailler Digit pour déplacer des bacs dans les entrepôts. Le robot a manipulé 100 000 bacs chez GXO, avec environ 98 % de précision. Sa cinquième version, présentée en septembre 2026, arrivera chez les clients en 2027. Apptronik a de son côté levé 520 millions de dollars en février 2026, avec Google et Mercedes-Benz parmi ses soutiens, pour industrialiser son robot Apollo.
Les géants chinois : AgiBot, UBTECH, Xiaomi
La Chine domine les volumes. AgiBot a été le premier fabricant mondial en 2025 et a produit son 15 000e robot en juin 2026. L’entreprise a ensuite lancé son introduction en Bourse à Hong Kong. UBTECH livre également en série son Walker S2 dans des usines automobiles et vise 10 000 unités par an en 2026. Xiaomi teste de son côté ses humanoïdes dans sa propre usine de voitures électriques depuis mars 2026.
Les acteurs européens
L’Europe reste en retrait, sans être absente. Le français Wandercraft fait charger des pneus par son robot Calvin-40 dans l’usine Renault de Douai, et Renault vise une dizaine de robots fin 2026. Enchanted Tools a lancé en juin 2026 la version commerciale de Mirokaï, pensée pour les établissements de santé. En Allemagne, NEURA Robotics a levé des fonds importants en 2026 et présente son humanoïde 4NE1 sur des chaînes automobiles.
Ce qui a vraiment changé en 2026
L’IA embarquée
Le progrès le plus structurant vient du logiciel. Les modèles de langage et de vision permettent aux robots de comprendre une consigne orale, d’interpréter leur environnement et d’apprendre une tâche par démonstration plutôt que par programmation. Figure développe Helix, Atlas reçoit les modèles de Google DeepMind, et Tesla s’appuie sur ses propres réseaux de neurones. Pour comprendre ces modèles, notre guide sur la robotique et l’IA pose les bases.
Le début de la production en série
Tesla reconvertit une usine entière, Figure sort un robot par heure et Hyundai prépare une usine de 30 000 robots par an. En Chine, AgiBot, Unitree et UBTECH livrent déjà par milliers. Le coût unitaire baisse avec le volume, ce qui rend crédible l’objectif de robots autour de 20 000 dollars dans les prochaines années.
La spécialisation avant la polyvalence
Les robots qui travaillent aujourd’hui accomplissent une tâche précise : Digit déplace des bacs, Figure fait de la logistique chez BMW, Atlas apprend à trier des pièces. Le roboticien Rodney Brooks, cofondateur d’iRobot, a qualifié de « pure fantaisie » l’idée que les humanoïdes apprendront la dextérité humaine en regardant des vidéos. Il rappelle en effet qu’une main humaine compte environ 17 000 récepteurs tactiles, loin de ce que portent les robots actuels.
Les vidéos de démonstration impressionnent, mais elles sont tournées dans des conditions choisies. En décembre 2025 à Miami, un Optimus est tombé en distribuant des bouteilles. Juste avant, il avait porté les mains à son visage comme pour retirer un casque de réalité virtuelle. Ce geste a fait soupçonner une téléopération, ce que Musk dément. Chez 1X, le Wall Street Journal a constaté que la plupart des tâches montrées étaient pilotées à distance. Même chez Figure, la version Helix 2.5 a réussi 237 tâches ménagères sur 420 dans trente logements inconnus. Le progrès est réel, et le marketing le devance souvent de plusieurs années.
Ce que ça change concrètement
Pour l’industrie
Les usines et les entrepôts en profitent les premiers. Ces robots prennent d’abord en charge les tâches répétitives et pénibles, comme déplacer des charges, trier ou charger des pièces. Amazon, BMW, Mercedes-Benz, Hyundai et Renault ont déjà engagé des pilotes, et plusieurs passent en production.
Pour les métiers
Les emplois les plus exposés à court terme restent ceux de la logistique : manutention, tri, inspection visuelle. En revanche, les métiers relationnels, créatifs ou qui demandent d’improviser restent hors de portée de ces machines. La transition sera lente, mais elle pose dès maintenant des questions de formation que ni les entreprises ni les pouvoirs publics n’ont encore tranchées.
Pour le grand public
Aucun humanoïde capable d’aider à la maison n’avait été livré à un particulier début octobre 2026. Les seuls modèles qu’un particulier peut réellement acheter, comme les Unitree, servent à l’expérimentation et ne font pas le ménage. 1X promet ses premières livraisons de NEO avant la fin de l’année, et Figure a évoqué une location à domicile autour de 600 dollars par mois. Notre guide pour acheter un robot humanoïde détaille les modèles disponibles et leurs limites.
Les questions qui restent ouvertes
L’autonomie énergétique reste courte. Atlas tient environ quatre heures et change lui-même sa batterie. Le Digit 5 travaille 90 minutes pour 9 minutes de charge. Un usage industriel en continu exige donc des batteries interchangeables ou des stations de recharge.
La sécurité attend encore ses normes. Un robot de 60 kg qui marche dans un espace partagé avec des humains présente un risque objectif. La norme ISO 25785-1, consacrée aux robots mobiles dynamiquement stables comme les humanoïdes, reste à l’état de projet. En Europe, le nouveau règlement sur les machines s’appliquera à partir du 20 janvier 2027.
L’emploi sera touché. Si les prévisions se confirment, la question deviendra concrète en quelques années. Goldman Sachs a relevé en septembre 2026 ses prévisions à 6,5 millions d’humanoïdes livrés en 2035, pour un marché de 138 milliards de dollars. Morgan Stanley évoque un marché de 5 000 milliards de dollars en 2050.
La géopolitique pèse aussi. Tesla, Figure, Agility et Apptronik sont américains. AgiBot, Unitree et UBTECH sont chinois, et Boston Dynamics appartient au coréen Hyundai. L’Europe compte quelques acteurs prometteurs, mais aucun ne rivalise encore en volume.
Ce qu’il faut retenir
Les robots humanoïdes sont devenus des produits industriels, fabriqués par milliers et déployés dans des usines. Cette bascule repose sur deux moteurs : l’IA, qui leur permet de comprendre et d’apprendre, et la production en série, qui fait baisser les coûts. La Chine mène en volume, tandis que les Américains concentrent les investissements et la médiatisation.
Le robot domestique qui range votre maison reste en revanche une promesse. Les machines qui travaillent sont spécialisées, déployées dans des environnements contrôlés, et souvent encore assistées par des humains. Le progrès est rapide, et le marketing va plus vite encore : garder cette distinction en tête permet de suivre le sujet sans se laisser emporter.
Humanoïdes, robots domestiques, robotique industrielle : nos fiches et nos guides font le point sur chaque machine.